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mardi 27 mars 2012

Roti: la crêpe de l'Asie

En croquant dans la pâte brûlante, suintant le beurre, l’huile et le lait condensé, j’eus une pensée émue pour mon copain Nicolas qui, pendant nos années étudiantes et désargentées, avait inventé les pâtes aux trois graisses qui permettaient de traverser les hivers les plus rigoureux. J’avais trouvé leur équivalent thaï, avec en bonus des trombes de sucre. J’avais fait une découverte fatale.

Quand on entre « roti » dans un moteur de recherche, on tombe bien sûr sur un certain nombre de recettes de poulet ou de porc au four. On tombe aussi sur une longue page Wikipédia en anglais sur son homonyme, la crêpe de l’Asie. Mais qu’on ne s’attende pas non plus à une définition : le roti est un objet culinaire à l’apparence et au goût variables. Nous voilà bien avancés. C’est un peu comme si toute l’Europe faisait des crêpes bretonnes, chaque pays y allant de sa subtile variation, certains ignorant la distinction crêpe / galette que d’autres s’efforceraient de faire reconnaître. Bref, le roti est certainement d’origine indienne, on le trouve dans tout le sous-continent indien et l’Asie du Sud-Est, ainsi que dans des pays d’immigration asiatique, le tout dans une variété de recettes et de noms différents.

Moi, je me souviens d’une première rencontre avec le « paratha », variante légèrement feuilletée fourrée à la pomme de terre et aux légumes relevés de curry, sur la plage de Trou-aux-Biches à l’Ile Maurice. J’ai aussi été marquée par les rotis remplis de « butter chicken » à emporter que nous engloutissions les lendemains de fête, au marché du samedi à Wellington, en Nouvelle Zélande. Mais, comme dirait mon père qui ne badine pas avec les goûters, « les crêpes, c’est sucré ». Et là, la Thaïlande tient le haut du pavé. Le Royaume a en effet développé l’art du roti sucré.

Pour trouver un roti dans une ville thaïe, il suffit d’arpenter les rues. De la fin d’après-midi jusqu’à tard dans la nuit, des marchands ambulants les préparent à la demande. Ils sont souvent musulmans (ce qu’on repère aux vendeuses voilées, aux laborieuses barbiches des vendeurs et, parfois, aux croissants ornant les devantures) signe, sans doute, que le roti a été introduit en Thaïlande par le Sud, où se concentre la population musulmane du pays. Les parfums proposés sont variés, allant du classique et copieux œuf-banane (avec un petit filet de lait concentré pour adoucir le tout) au Nutella beaucoup plus cher et introduit pour le bien-être du touriste en manque de pâte à tartiner, en passant par l’élégant miel.

La carriole des marchands de rotis est en fait une cuisine ambulante, vers laquelle on est attiré par une très caractéristique odeur de graisse chaude, qui arrive même à couvrir celle des pots d’échappement. Après s’être saisi d’une boule de pâte, les marchands l’étirent avec dextérité, la plient plusieurs fois et l’étirent 3 ou 4 autres fois pour faire bonne mesure, jusqu’à ce qu’ils obtiennent un rectangle d’environ 15 sur 20 centimètres pour un roti non fourré. Celui-ci se retrouve posé sur l’huile bouillante qui garnit un sorte de wok sans manche ni poignée, incorporé au plan de travail, huile à laquelle est bientôt ajoutée une généreuse noix de beurre ou de margarine. Retourné régulièrement, le roti est bientôt doré de part et d’autre et peut donc être épongé avec un papier alimentaire, découpé en carrés de la taille d’une bouchée et recouvert de la garniture choisie (lait condensé, chocolat, etc.) Le roti fourré est quant lui étiré en un rectangle beaucoup plus grand dans lequel sont glissés (par exemple) une œuf battu et des tranches de banane avant que les quatre cotés ne soient refermés et que le roti n’aille cuire comme son équivalent non fourré.


Servi avec un petit pic dans une assiette plate en polystyrène, le roti peut être dégusté en déambulant et permet ainsi au visiteur curieux de continuer son exploration de la ville thaïe. Est-il utile de préciser que je suis souvent tentée d’en acheter ? Et que parfois je cède à la tentation ?

Julia

dimanche 19 février 2012

Flora-land


Royal Flora, c’est l’exposition horticole internationale qui se tient à Chiang Mai en ce moment. Reportée en raison des graves inondations qui ont touché la Thaïlande l’année dernière, la manifestation a ouvert ses portes en décembre 2011 et prendra fin la 14 mars 2012. Tout le pays y est attendu : car bien qu’international, l’événement est avant tout orienté vers les Thaïs.

Le poids et la vocation politique d’une telle manifestation sont certainement énormes, mais je ne me risquerai pas à m’y pencher, ma connaissance de la culture politique thaïe étant clairement insuffisante. Je me contenterai de remarquer qu’en ce contexte post-catastrophe naturelle, une telle manifestation de la résilience de la société thaïe est la bienvenue.

C’est un samedi où le soleil perçait vicieusement derrière les nuages que j’ai choisi pour me joindre aux masses de Thaïs affluant de tout le pays et aux quelques autres touristes étrangers qui avaient trouvé les informations pratiques pour faire le déplacement. J’ai passé huit heures à Royal Flora… et je n’en ai pas fait le tour ! Peut-être aurais-je été plus efficace en empruntant une des navettes payantes faisant un circuit dans le parc, et je suppose donc qu’en s’organisant bien on peut faire tout le parc en une journée.

Si Royal Flora était une plante, ce serait une plante hybride. Un hybride entre Disneyland, la Cité des Sciences, un jardin botanique et une exposition universelle. Rien que ça. L’entertainment, le mignon, le grandiose se côtoient. Très asiatique en somme.

De nombreux espaces thématiques parsèment le parc. J’ai adoré celui consacré aux orchidées : outre les deux jardins rafraîchissants, il y a un bâtiment avec des salles d’exposition particulièrement bien faites, ainsi qu’un espace présentant les plantes en compétition pour les concours d’orchidées et (pour le côté kawaï) un « zoo des orchidées » qui présente les variétés qui sont associées à des animaux (l’orchidée-scorpion, l’orchidée-gibbon, etc.) Très chouette aussi, l’espace consacré aux insectes, avec une partie musée et un jardin clos avec de nombreux insectes et notamment des papillons. Moins fréquenté, un peu déroutant avec ses explications uniquement en thaï, mais très intéressant et aéré, le jardin du caoutchouc occupe un grand espace derrière le pavillon royal.

Beaucoup de pays ont également leur jardin-stand, certains étant plus réussis que d’autres. Ils proposent généralement un décor « typique » du pays, un échantillonnage plus ou moins étendu de sa flore, parfois un magasin d’artisanat ou quelques produits alimentaires et, surtout pour les pays asiatiques, un ou deux figurants en costume traditionnel, pour que les visiteurs puissent poser à leurs côtés. La France n’était pas présente, mais fort heureusement mon pays natal, le Maroc, figurait en bonne place !

Pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué, le nom même de l’exposition évoque la famille royale. Ceux qui connaissent le Thaïlande savent l’affection que portent les Thaï à leur famille royale, réputée pour ses actions caritatives et en faveur du développement. Le pavillon royal, bâtiment grandiose qui domine le parc, présente une hagiographie du roi et de son épouse, notamment avec des fresques murales qui rappellent par la forme celles consacrées à la vie de Bouddha ou encore le chemin de croix des églises catholiques. Beaucoup de stands et jardins mettent aussi en avant le rôle de la famille royale dans le développement de filières agricoles. À commencer par les Projets Royaux, fondation initiée par le roi dont le but est de venir en aide aux tribus des montagnes du Nord en mettant en place des cultures proposant une alternative à l’opium et en développant des techniques d’exploitation durables (contrairement à la culture sur brûlis traditionnelle).

La nuit tombée, trêve d’éducatif, place aux spectacles : un son et lumière fait d’allégories environnementales sur le lac, puis une parade illuminée et un jardin de nuit, avec lumières et plantes odorantes. Comment ne pas penser à Disneyland ? Pour ceux qui douteraient encore, j’aimerais présenter les mascottes de Royal Flora, peluches sur pattes qui représentent l’eau, l’air, le soleil, la terre et les plantes ! Inutile de dire qu’elles arpentent le parc sans relâche et sont représentées sous toutes les formes imaginables à travers les expositions.

À la fin d’une journée bien remplie, les groupes de bénéficiaires d’associations caritatives rejoignent leurs cars, les familles s’en vont dormir chez leur oncle de Chiang Mai avant de regagner leur province le lendemain, les navettes vers la ville se remplissent tranquillement. Les corps sont fatigués, les têtes sont remplies d’images et, contrairement à ce qui se voit en Europe et ailleurs, peu de gadgets ont été achetés, sans doute parce que la fête attire beaucoup de Thaïs de classes populaires : les souvenirs resteront dans les têtes.

Julia

Cliquez ici pour plus de photos.

Informations pratiques :

Entrée : 200 bahts pour les adultes, 100 bahts pour les enfants. « Package » vendu à l’entrée comprenant un tour de grande roue : 280 euros pour un adulte (le tour de grande roue coûtant 120 bahts.)

Horaires : 9h-21h en semaine, 9h-22h le week-end et les jours fériés. Spectacles et illuminations entre 19h et 20h30 tous les jours.

S’y rendre : Chiang Mai est accessible du reste du pays en bus, train et avion et l’aéroport accueille un certain nombre de vols internationaux. Des navettes gratuites pour Royal Flora partent très régulièrement du siège du gouvernement de la province et de la gare ferroviaire (plus centrale) et relient le parc en moins d’une demi-heure.

Restauration : À la différence des parcs d’attraction, on trouve à Royal Flora de quoi se restaurer et se rafraîchir quel que soit son budget. Un café glacé vous coûtera entre 30 bahts et 95 bahts, par exemple.

Site officiel : http://www.royalflora2011.com/2011_en/